PORTRAIT D'ŒNOLOGUE

Myriam Huet, la voix du vin

Publié le 16 avril 2026

Par Nadine Franjus Adenis

Myriam Huet lors d’une intervention à l’Université de la Vigne au Vin dans l’Aude en 2015 sur le thème : "Le vin dans l’imaginaire » © JB Roubinet

Dès 1983, à la Sopexa*, Myriam fait de nombreuses conférences dans les lycées hôteliers en Allemagne, Suisse et Autriche. Elle élabore des fiches techniques sur les vins, rédige un topo sur les millésimes, des notes d’information, de conjoncture, pour les journalistes et professionnels, via les bureaux à l’étranger.

« Une fois, j’évoquais avec un journaliste la qualité de la récolte, avec des raisins atteints de black-rot, expliquant que c’était une maladie qui nous venait d‘Amérique du Nord. – « Intéressant ! », me dit-il enthousiaste. – « Attention ! Cela date de la fin du XIXe siècle ! » ai-je précisé, et j’ai bien fait. Nous avons évité une décoiffante !

Mais j’étais jeune, je voulais un peu étaler mon savoir. J’ai vite vu la limite quand je perdais les gens, à vouloir être trop technique. Alors j’ai décidé de mettre de l’eau dans mon vin, pour donner envie ! »

En 1987, Myriam Huet crée avec Jean Verger le Pavillon des vins à Charenton-le-Pont, en région parisienne. Un entrepôt, avec plus de 600 vins à la vente et de nombreuses animations didactiques et culturelles. Beaucoup de thèmes, désormais classiques, ont été explorés dans ce lieu devenu mythique : soirées vins et musiques, correspondances entre les arômes et les couleurs, cours de dégustation, rencontres avec les producteurs, les différents terroirs dans une collection de bocaux… « Avec les clients du Pavillon des Vins, j’ai appris à adapter mon discours. » C’est dans cette approche très pédagogique, qu’elle a écrit le livre animé, Le Vin, aux éditions de la Martinière (meilleures ventes en 1994 !). « Ce livre, c’est toute mon approche du vin, le côté ludique, avec les pages qui se rabattent, qui se déplient comme dans les livres d’enfants. En même temps, il est très complet pour un néophyte ».

Elle cite encore de nombreux souvenirs émus dont ces soirées musicales : « un Cantenac Brown (AOC margaux) évolué sur un concerto de Max Bruch, ou un clos des Goisses (champagne Philipponnat) sur une fantaisie pour flûte de Telemann ». Forcément le lieu était innovant. Jeannine Coureau, leur attachée de presse, a contribué à sa renommée ainsi qu’à celle de sa jeune animatrice. Les médias apprécient ses interventions franches, techniques et précises, racontées avec simplicité.

Rapidement Myriam Huet se voit proposer des rubriques régulières dans la presse écrite, Cuisine et Vins de France, Elle, L’Amateur de Bordeaux. Elle rencontre alors beaucoup de vignerons et d’œnologues. « Marc Dubernet et Jean Natoli, en Languedoc, Jacques Puisais, le premier œnologue sans doute à parler du vin différemment, Patrick MacLeod, neurophysiologiste, plus rigoureux, mais moins poète, Jacky Rigaux, spécialiste des terroirs bourguignons et de la dégustation géo-sensorielle (basée sur le toucher en bouche et qui tient compte du lieu et de l’origine)…  Et puis, les sommeliers, comme Olivier Poussier, Philippe Faure-Brac ou le regretté Patrick Pagès, très professionnels et tellement passionnants. »

Les vignerons et leurs vins, Myriam saura les défendre durant plus de 5 ans (de 1999 à 2005), chaque samedi sur France Inter, dans l’émission de Jean-Pierre Coffe, « Ça se bouffe pas, ça se mange ! » qui traite d’un produit alimentaire chaque semaine. Myriam propose les vins pour l’accompagner, disposant de quelques minutes, pour en parler et présenter le vigneron. « Avec Jean-Pierre Coffe, on a vécu des moments merveilleux et de belles engueulades, de grands éclats de rire et de superbes audiences pendant plus de 5 ans ! »

Myriam s’est toujours battue pour faire reconnaître la qualité des vins d’artisans du Languedoc et d’autres régions, à une époque où Bordeaux dominait le marché. Elle s’est d’ailleurs impliquée de 1989 à 1993 sur 8 ha en fermage, dans les Corbières, avec le vigneron Michel Raynaud. « Pour ma première vinification, il y avait de la terre battue au sol et de vieux foudres en bois qui ne tenaient plus que par le tartre. Je n’avais pas de Kärcher, ni d’appareil à froid. Et je pensais à mon prof de techno, qui nous parlait à longueur de journées d’hygiène dans les caves ! J’ai quand même réussi à y faire un vin dont je suis toujours fière ! »

En 1995, au Club Français du Vin, spécialisé dans la vente par correspondance pour 60 000 clients, Myriam est responsable des achats (3 millions de bouteilles par an), du choix des vins et de l’élaboration des catalogues. Elle quitte au bout de six ans cette petite équipe dynamique, pour un projet autour du Centre des Vins de Propriétés, qui n’aboutira pas, suite au décès accidentel de son propriétaire. Après un passage à Châteaux Cash & Carry, enseigne créée par Jean-François Moueix, propriétaire de Pétrus et du groupe Duclot, elle s’installe à son compte et va rencontrer la famille Richard, une « histoire » qui dure depuis vingt ans déjà !

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La société Richard, c’est 33 millions de bouteilles distribuées chaque année, dans les cafés, hôtels et restaurants, principalement de la région parisienne. C’est aussi une entreprise familiale, avec père et filles très impliquées.  

Myriam est associée au directeur des achats, pour la sélection et la dégustation des vins (plus de 1 000 références de vins, de France et d’ailleurs) et le contrôle qualité, à chaque nouveau millésime. Des vins généralement suivis, depuis de longues années pour certains, pour alimenter les cartes des restaurants.

Elle déguste régulièrement avec les commerciaux, reçoit les clients restaurateurs pour leur présenter la gamme et les aider à construire leur offre de vins. Elle intervient même parfois dans leur restaurant pour présenter la nouvelle carte aux équipes. Myriam s’enthousiasme comme au premier jour, « L’intérêt de ce boulot, c’est le contact, la transversalité, qui va du choix des vins jusqu’à la table… et la diversité des clients, qui vont des bistrots aux brasseries emblématiques comme Les deux Magots, en passant par les Club Med montagne ! »

Myriam se rappelle les vins des années 90, « surconcentrés, surmûris, surboisés ». Et après ? Un virage à 180°, avec plus de bio, moins de bois, moins de produits œnologiques. La vague des vins natures, « avec beaucoup de ratés au début, des vins dits de terroir, parfois carrément oxydés ou totalement réduits, souvent phénolés, puis de mieux en mieux maîtrisés, où l’on sent surtout beaucoup le fruit, mais qui sont si gourmands, si faciles à boire. »

Le changement de goût s’est doucement imposé : pas de vin compliqué, le rouge plus léger, le rosé plus pâle et le tout moins souvent. « Il y a un rétrécissement de la consommation. Les gens préfèrent boire de l’eau à midi, quand ils prennent le temps de manger, ce qui devient de plus en plus rare ». On boit de moins en moins de vins rouges.  « En restauration, ils sont souvent servis trop chauds. Cela a sans doute contribué à développer la vente des rosés, dès les premiers rayons de soleil. » Mais le rosé aussi commence à stagner. « Pour faire de l’hyper pâle, on récolte parfois trop tôt et on compense le manque de fruit par des arômes amyliques, qui uniformisent les profils… Seuls les blancs se développent encore, bien qu’on soit actuellement dans la tendance healthy, avec les kombucha et autres produits nolow, qui remplacent de plus en plus le blanc sec de l’apéro. »

Alors que faire ? « A mon niveau, j’essaye de donner envie. Piquer la curiosité des jeunes, sur la diversité des cépages et de leurs caractères, leur expliquer les profils climatiques, pour qu’ils s’y retrouvent un peu plus, les aider à exprimer leurs sensations pour mieux les partager. » Pour Myriam, une chose est sûre : il faut désacraliser le vin, tout en donnant aux gens l’envie d’apprendre. Elle cite Jean-Paul Kaufmann, journaliste et écrivain, « la connaissance décuple le plaisir. Mais il faut la rendre accessible au plus grand nombre. »

Sur son répondeur, une seule indication qui résume simplement toutes ses activités : « Bonjour, Myriam Huet, œnologue, n’hésitez pas à me laisser un message ». Bip. Merci Myriam pour ta franchise et pour tout ce que tu as transmis de l’œnologie au public.

*SOPEXA : Société pour l’expansion des ventes de produits agricoles et alimentaires, devenue Hopscotch Season

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