RFO : Quel bilan pouvez-vous faire sur la consommation du vin et autres boissons alcoolisées au Québec :
Jacques Orhon : Le vin est largement majoritaire parmi les boissons alcoolisées consommées au Québec. Il représente 70,5 % (du rouge à 48,6 % du blanc à 45,3 % et du rosé à 6 %).
Suivent les spiritueux (16,6 %), les prêts à boire (11,7 % – cocktails classiques, mojito, spritz, seltzers aromatisés, mélanges gin-tonic ou vodka-soda dans des canettes et petites bouteilles). La bière (très populaire) et les cidres ne représentent que respectivement 1 et 0,2 %. Ils sont principalement vendus dans les magasins d’alimentation, les épiceries et les dépanneurs (épicerie du coin typiquement québécoise qui ferme tard et qui propose un vaste choix de marchandises) qui simplifient la vie des consommateurs. La notion de zythologie est peu répandue au Québec, même si les Québécois sont très amateurs de bière en général, et de bières de micro-brasseries.
On note une évolution sensible assez comparable à celle des tendances en Europe. La progression des ventes de vins blancs et de produits faibles en alcool indique que les Québécois et les Québécoises ont envie de boire plus léger. Il n’est donc pas surprenant de voir les vins rouges à servir frais gagner en popularité.
Quels sont les principaux marchés d’importation ?
La SAQ, Société des alcools du Québec, a fêté ses cent ans en 2021. Ce monopole d’État, est devenu très certainement un des plus grands acheteurs de vins au monde et de toutes origines. Tous produits confondus (vins et autres alcools), en bouteille, en vrac et par pays, voici la répartition : France 33,0 % – Italie 23,3 % – Espagne 11,2 % – États-Unis 6,0 % – Portugal 5,1 %, puis Australie, Canada, Chili, Afrique du Sud, Argentine et une vingtaine d’autres pays, dont l’Autriche qui gagne des parts de marché.
Une autre forme prend de l’importance sur le marché québécois : les Importations Privées pilotées par des agences (privées) de représentation, intermédiaires entre les producteurs et la SAQ, sous la gouverne (logistique et légale) du monopole.
Pourquoi cette SAQ ? Est-elle bien acceptée ?
Au XIXe siècle, aux États-Unis et au Canada, l’alcool était considéré comme le mal du siècle. Le Québec d’alors s’est montré récalcitrant face à la prohibition qui s’est poursuivie pendant les vingt premières années du XXe siècle. L’État impose alors un système de contrôle gouvernemental de l’alcool et crée la Commission des Liqueurs en 1921 qui sera transformée en Régie des alcools en 1961, puis dix ans plus tard, en Société des alcools du Québec.
Ce monopole est régulièrement remis en cause, et il y a déjà eu de rares tentatives de privatisation qui ont, in fine, échoué. On peut dire, dans le meilleur des cas, qu’il s’agit d’un choix de société, et politiquement parlant, peu importe le parti au pouvoir, ce dernier sait pertinemment que la SAQ rapporte chaque année au gouvernement un montant non négligeable*, tout en assurant un emploi à quelques 7 000 salariés.
Un des grands avantages du monopole est d’offrir au consommateur un choix élargi de vins et de spiritueux à travers un réseau de proximité. On compte aujourd’hui plus de 400 succursales et 420 agences SAQ (dépôt d’un choix plus restreint) dans toute la province du Québec. Le consommateur québécois dispose d’un choix très éclectique et de plusieurs niveaux de qualité.
Évidemment, si on compare avec les pays européens, il est difficile, voire impossible, de se procurer des vins de qualité acceptable à très bas coûts.
Quid des vins québécois ?
Les vignerons québécois produisent plus de 3 millions de bouteilles de vin par an. 45% de blanc, 35 % de rouge, 10 % de rosé et d’effervescents, et d’autres produits divers. Les plus connus sont les vendanges tardives et les vins de glace, issus de raisins concentrés sur souches. La température de -8° est le minimum requis pour le second, et moins de dix domaines en élaborent encore, tant la production est complexe et aléatoire.
À cause d’une réglementation pointilleuse du commerce des vins et des spiritueux au Québec et au Canada, les vignerons québécois ont dû se battre pour vendre leur production dans les succursales de la SAQ. C’est maintenant chose faite, et l’on retrouve aussi leurs vins dans le circuit des épiceries. Depuis la crise de la Covid 19, les ventes ont sensiblement augmenté.
La vente à la propriété est aussi en augmentation grâce à l’œnotourisme qui gagne en popularité.
Avec ce volume de production relativement modeste, on peut qualifier la place du vin québécois sur les marchés internationaux de confidentielle.

Quel est l’encépagement ?
Une grande partie du vignoble est planté de variétés issues de la famille des hybrides résistants au froid, tels que les frontenac (blanc, gris et noir), seyval, vidal, cayuga, st-pépin, swenson et acadie en blanc, et enfin marquette, maréchal foch, st-croix et petite pearl en rouge.
Mais on assiste depuis quelques années à l’implantation de Vitis vinifera bien connus donnant des résultats très encourageants, le plus souvent protégés par des toiles géo-thermiques. Ce sont les chardonnay, pinot gris, riesling et gewurztraminer en blanc, ainsi que les pinot noir, cabernet franc et merlot en rouge.
Où s’épanouissent les vignes au Québec ?
D’un point de vue climatique, la plupart des vignobles sont installés à l’est de Montréal dans les régions les moins froides, correspondant aux zones culturales consacrées à la pomiculture. Les changements climatiques des dernières années ont permis aux viticulteurs des zones les plus favorisées de gagner près d’un mois de végétation.
Aujourd’hui, le Québec compterait environ 180 vignobles dans une dizaine de régions sur une surface cultivée oscillant entre 900 et 1200 hectares, pour une superficie de la province de Québec presque trois fois plus grande que celle de la France.
L’IGP Vin du Québec a été reconnue en 2018, par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).
* En 2024-2025, la SAQ a remis un dividende de 1,401 milliard de dollars canadiens (près de 900 000 euros) au gouvernement du Québec pour contribuer aux finances de la province.




